Article paru dans La Provence le 9 novembre 2009
Calanques : la grimpe est-elle menacée ?
Les sportifs de plein air seront reçus par les responsables du futur parc

- Moniteur d’escalade, André Bernard a fondé "Des calanques et des hommes" pour s’opposer à la réserve intégrale.
Photo DR
Les calanques sont son terrain de jeu favori et son gagne-pain : guide de haute montagne, André Bernard, dit "Dédé", les sillonne depuis 20ans et les faits découvrir aux autres, en randonnée ou en escalade. "Amoureux fou de la nature", il est le premier à souhaiter la création d’un Parc national des calanques pour protéger le massif contre l’appétit des promoteurs.
Mais c’est aussi le premier à s’opposer au projet de "réserve naturelle intégrale" présenté par le Groupement d’intérêt public (Gip) qui prépare la création du Parc fin 2010."La réserve est vaste, de la calanque de l’Œil de verre (après Sugiton, ndlr) à En Vau et de Cassis à La Ciotat, explique-t-il. Elle nous priverait de 40% des surfaces grimpables, dont certaines voies mythiques, réputées dans le monde entier."
André Bernard a donc créé l’association Des calanques et des hommes http://les-calanques.org/ qui rassemble les usagers respectueux de l’environnement, pour la plupart des pratiquants de sports de plein air, escalade, randonnée, kayak, pêche à la ligne ou plongée. "Nous avons besoin d’une communication efficace, le milieu associatif est trop éclaté,estime-t-il.Le Gip laisse les cabanonniers tranquilles, car certains propriétaires sont influents. Il préfère sacrifier les randonneurs et les grimpeurs, la masse silencieuse, pour s’offrir un geste écologique fort."
Le président du Gip, Guy Teissier, a reçu les principales associations concernées, les Excursionnistes marseillais, le Club alpin français (Caf), la Fédération française de randonnée pédestre et la Compagnie des guides de Provence. Une nouvelle réunion se déroulera aujourd’hui. "On attend des garanties", dit André Bernard, qui s’agace du"soi-disant processus de concertation". "Dans les Écrins, les grimpeurs escortent les scientifiques dans les endroits difficiles d’accès. Nous avons proposé nos services au Gip, mais nous ne sommes pas considérés."
Des Calanques et des hommes a recueilli 9000 signatures pour sa pétition en ligne, de toute la France et de l’étranger, les falaises de 300m de haut étant mondialement connues. Aujourd’hui, André Bernard se dit ouvert au dialogue, mais décidé à faire entendre sa voix.
Par Marie-Ève Barbier
LES 3 QUESTIONS à Lionel Royer Perreaut / adjoint se secteur
"DES AIRES DE RESPIRATION"
Directeur de cabinet du président du Gip des Calanques Guy Teissier, Lionel Royer Perreaut suit la création du Parc national.

- 3 QUESTIONS La Provence 9 novembre 2009
- Les 3 questions à Lionel Royer Perreaut jointes à l’article paru dans La Provence le 9 novembre 2009.
- Le projet de réserve a provoqué un tollé chez les associations de randonnée, pourtant connues pour leur engagement environnemental. La concertation passe mal ?
Le Gip soumet des propositions audacieuses et volontaristes au débat pendant la phase de concertation. C’est son rôle. Rien n’est définitif. Nous sommes sensibles à l’émotion du monde associatif. Guy Teissier souhaite réorienter la réflexion vers des "aires de respiration". - En quoi consistent ces "aires de respiration" ?
Elles sont limitées dans le temps et dans l’espace. On laisse par exemple telle falaise "en jachère" pendant deux ans. Un bilan sera ensuite dressé par les scientifiques et des grimpeurs pour décider ou non de leur réouverture. Pour toute voie fermée, unne autre sera ouverte. Par ailleurs, nous allons créer une commission escalade, avec des grimpeurs et des chercheurs. - Quelles est la situation dans les autres parc nationaux ?
Certains on opté pour des réserves intégrales, d’autres non. Certains exemples sont très concluants : pas très loin d’ici, à Ports-Cros, la réserve marine a permis à la population de mérous de revenir. Aujourd’hui, même les pêcheurs s’en félicitent !
La Provence
Réaction de l’association
En soulignant que le président du GIP, Guy Tessier, a reçu les représentants des grimpeurs et randonneurs il y a juste un mois, l’article paru dans la Provence du 9 novembre 2009 – citant le guide André Bernard, président de l’association « des Calanques et des Hommes » - pourrait laisser penser qu’il y a divergence d’intérêts, voire opposition, entre les cabanonniers et d’autres usagers du futur Parc national des Calanques.
Il n’en est rien. Une des clés de la réussite du prochain Parc est que les règles qui en définiront l’usage soient portées par l’ensemble des usagers : habitants, bateliers, chasseurs, randonneurs, grimpeurs, kayakistes… et cette liste n’est pas exhaustive. Du fait des interactions entre ces différentes pratiques, il faut que le futur Parc soit pensé de manière globale, ce que ne permet pas la gestion opaque de la concertation menée actuellement par le GIP. Une falaise n’est pas un ensemble isolé : elle borde un plateau et s’ouvre sur la mer. L’association « des Calanques et des Hommes » milite pour que tous les représentants des usagers soient traités sur un pied d’égalité et tenus au courant des projets et de la conduite de la concertation, même dans les domaines qui ne les concernent pas directement. C’est de cette façon, et de cette façon seulement, que pourra être mis en place avec succès ce Parc national porteur de tant d’attentes de la part de tous les amoureux de Calanques.
Concernant "les 3 questions à Lionel Royer Perreaut"
Le Gip parle désormais "d’aires de respiration" et de "jachères" en lieu et place des réserves intégrales ; le changement de terme indique t’il un changement d’orientation, une inflexion, le début d’un renoncement à un projet contesté par plusieurs milliers de signataires de la pétition lancée contre le projet de réserves intégrales ? il semble bien que non !
Sous le changement de vocable se cache une réalité, juste aménagée, la poursuite du même objectif, geler arbitrairement sans argumentaire préalable des surfaces importantes du futur Parc et remettre gravement en cause un certain nombre de pratiques sans étude d’impact préalable ; il y a un certain cynisme à proposer que pour toute voie d’escalade fermée, une autre sera ouverte, ce qui dénote outre une particulière méconnaissance des pratiques, une vision mercantiliste de celles-ci, comme si l’escalade en milieu naturel consistait en un produit standard qui puisse s’échanger comme vulgaire lessive ! Nous défendons une autre conception, plus patrimoniale des lieux et de l’esprit des lieux dans le respect de l’histoire et du caractère singulier de chacune des zones de pratique !
Même les mérous du Parc de Port Cros sont convoqués pour servir l’argumentaire du GIP sur l’intéret des réserves intégrales ! Pourquoi aller chercher si loin : que l’on nous produise les études des impacts positifs des réserves intégrales que constituent déja les îles de Riou et de la muraille de Chine aux portes de Marseille !
A-t-on besoin d’aires de respiration ? que signifie ce nouveau concept ? que pourraient apporter des "jachères" ? nous n’en saurons à ce stade pas plus car il semble bien que comme pour la proposition de réserves intégrales on ait comme dit le proverbe mis la charrue avant les bœufs, avancé un moyen avant d’analyser le besoin et défini l’objectif ; il y a un problème de méthode dans la façon dont le GIP avance et promeut ses positions ; ce n’est pas d’aires de respiration dont nous avons besoin, nous avons par contre besoin d’un vrai souffle, d’une vision puissante et de priorités clairement affichées pour ce futur Parc afin que l’ensemble du Parc, lui, puisse être un espace de respiration, un espace de vie, un espace pédagogique pour la protection de la nature et la promotion des usages doux, un espace pour les études scientifiques sur la base d’objectifs de recherches avec un vrai cahier des charges, d’une vision globale pour le proteger et construire avec la contribution de tous ses usagers une régulation collective de son usage ; encore un effort chers interlocuteurs du GIP !
Association Des Calanques et des Hommes
www.les-calanques.org












