Auteurs de l’étude
Cédric Tassan, passionné de VTT depuis 20 ans qui a roulé dans de nombreux coins de France et d’Europe. Créateur des Éditions VTOPO en 2005, aujourd’hui leader du guide VTT en France, avec le récent guide VTT des Bouches-du-Rhône qui ne comporte aucun circuit VTT dans les Calanques. Membre fondateur de l’association « Des Calanques et des Hommes ».
Mountain Bikers Foundation, association fédérant l’ensemble de la communauté vététiste en France, suivie par plus de 20 entreprises du secteur, plus de 10 personnes morales et plus de 500 pratiquants individuels. MBF est une association apolitique, non partisane et déclarée d’intérêt général. L’association des Calanques et des Hommes et les Éditions VTOPO ont cordialement invité et associé MBF pour vous proposer cette étude.
Historique du VTT et évolution
On peut dire que le VTT est né aux USA, en Californie dans les années 1970. Il faut environ une dizaine d’années pour que les premiers VTT arrivent en France. Depuis cette date, le VTT évolue et devient un sport de nature à part entière, mobilisant des milliers de pratiquants et représentant un marché économique désormais important tenu par de grands groupes industriels. Le marché du 2 roues non motorisé peut se segmenter en 2 parties, le vélo de route et le VTT. Ce dernier représente 65% des ventes totales (source : étude ODIT France – Inddigo Altermodal).
Le VTT est pratiqué dans de nombreux pays du monde entier. En France, il est sous la houlette de deux fédérations représentant 200.000 pratiquants de VTT sportif sur près de 9 millions de vététistes, soit plus de 2%. Il s’agit néanmoins d’un sport olympique dont les champions sont Français, et nous ont rapporté 3 médailles d’or en pratique Cross-Country (autrement appelée randonnée) sur 4 participations aux Jeux Olympiques (parmi ces pointures, vous trouverez Julien Absalon, Anne Caroline Chausson et Fabien Barrel notamment). Outre ce côté « sportif » de nombreux rassemblements et compétitions ont lieu en France. On pourrait citer le plus connu : le Roc d’Azur de Fréjus rassemblant des dizaines de milliers de pratiquants.
Depuis les débuts du VTT, l’équipement a évolué. Au départ, les adeptes pratiquaient sur un vélo rigide (pas de fourche télescopique à l’avant, ni d’amortisseur arrière). L’évolution s’est porté naturellement sur un amortissement avant, plus confortable et plus pratique pour la négociation de passages techniques et enfin, depuis environ 10 ans, sur l’amortissement arrière (VTT tout suspendu). Aujourd’hui le prix moyen d’un VTT (hors grandes surfaces sportives) se situe aux alentours des 2000 euros et 90% des vélos vendus sont des VTT tout-suspendus. Il n’est pas rare de croiser des VTT à plus de 5000 euros.
Cette évolution du matériel répond à une évolution de la pratique. Aujourd’hui (on pourrait dire depuis environ 8 ans), le VTT se pratique :
sur pistes larges (ex DFCI) par des débutants ou les balade familliales impliquant des problématiques spécifiques dont nous reparlerons plus tard
sur sentiers ou chemins plus ou moins étroits pour une pratique plus sportive
sur sentiers plus ou moins escarpés pour une pratique experte
en hors piste, appelé aussi Freeride, même si le Freeride reste plus un état d’esprit marginal qu’une pratique reconnue et encadrée.
A ce jour, nous savons que la pratique familiale représente 30 à 40% des pratiquants (évolution sur pistes larges) et que 60 à 70% des pratiquants cherchent à évoluer sur des sentiers étroits, les pistes larges servant uniquement de liaison entre 2 sentiers, elles ne sont plus une fin en soi. La pratique hors piste est assez marginale (<3% des pratiquants), concentrée sur des zones bien identifiées (blocs rocheux, pierriers...).
Le vététiste d’aujourd’hui recherche donc le côté ludique du VTT, il veut éprouver d’autres sensations, plus dynamiques que la randonnée pédestre ou la course à pied tout en étant en contact avec la nature. Le vélo permet, dans le respect de l’environnement, d’aller plus loin, de découvrir plus de territoires. Le VTT fait partie de l’évolution des relations homme-nature. Les sportifs de nature ne sont aujourd’hui plus cloisonnés à leur pratique. A ce titre, les vététistes, tout comme d’autres sportifs pratiquent d’autres sports pour avoir un entraînement complet mais aussi plus simplement par goûts personnels variés.
Le VTT dans les Calanques
Préambule
Le VTT se pratique dans le massif, depuis qu’il a été implanté en France. Malgré le matériel peu adapté des débuts du VTT, il se pratiquait sur de nombreux espaces, même si il fallait souvent porter le vélo. Il faut avouer en, parallèle d’une pratique de randonnée tout terrain traditionnelle, que dans le cadre de pratiques plus isolées, l’ensemble des éboulis a été descendu. Depuis une dizaine d’années, il y a une prise de conscience de l’espace naturel mais certains reproduisent les abus des pionniers...
En préambule à toute discussion, il est important de noter que la présente discussion porte sur le périmètre entre Marseille et Cassis.
Le périmètre du futur parc national des calanques, compris entre La Bédoule et Ceyreste, ne disposant pas de caractéristiques géologiques particulières, il ne parait pas utile d’envisager une quelconque limitation.
Etat des lieux du côté officiel
Le GIP part du postulat qu’actuellement, le VTT est interdit dans le Massif des Calanques. Malgré nos demandes, il n’a jamais été apporté de textes réglementaires à ce propos : arrêté municipal, préfectoral ou autres...
Aujourd’hui, sur les terrains gérés par l’ONF, il y a une tolérance sur les pistes DFCI.
Sur le territoire de Luminy, propriété de la ville de Marseille, le VTT est en théorie interdit par arrêté municipal. Ainsi, divers panneaux énonce cette interdiction en se référant à ce texte. Néanmoins cet arrêté ne dispose d’aucune force juridique réelle, du propre aveu des services municipaux interrogés, puisque qu’il n’a jamais été approuvé en conseil municipal (lettre référencée JPJ/CC n°30/10 de la Direction Générale des Services Techniques de la Ville de Marseille).
A ce jour, les contraventions dressées sur ce fondement, à l’encontre des VTTistes sont illégales.
État des lieux du côté officieux
Le VTT se pratique à la fois sur pistes et sur sentiers, que l’on soit sur les terres de l’ONF ou même à Luminy. Malgré un développement de la pratique du VTT, la pratique "Hors Piste" reste marginale, avec descente de pierriers, sauts de rochers, passages aménagés...
Fréquentation du VTT dans les Calanques
Il faut distinguer 2 mouvements : la pratique sur réseau viaire et la pratique hors piste. Par définition, le hors piste n’a pas de limite, mais nous verrons que l’on peut trouver un secteur où les pratiquants de ce type de VTT se rassemblent. Enfin, il faut bien avoir conscience que vue la configuration du terrain, il est impossible de voir déferler des milliers de VTT dans les Calanques. Le relief est très escarpé, les sentiers très accidentés pour la plupart et certains comportent même des passages d’escalade. Il est donc évident que cette sélection naturelle fait son travail dans la régulation de la pratique. Voici un état des lieux non exhaustif du réseau viaire fréquenté.
Généralement, toutes les pistes DFCI sont plus ou moins fréquentées avec des préférences pour :
DFCI route de Morgiou <-> Col de Sormiou
Les pistes des Escampons côté Luminy, sur la crête et côté Morgiou
Les pistes de Luminy (Centaure, Ricard inclus)
Les crêtes de l’Estret
Les accès En Vau et belvédère d’En Vau
Les liaisons sur Cassis (Gardiole)
Pour les sentiers balisés (voir balisage sur carte IGN 1/15000) :
Côté Marseilleveyre :
GR du bord de Mer du col de Sormiou à Callelongue
Tracé jaune n°2 de Pastré à Callelongue
Tracé jaune n°1 : du col de la Selle à la fin du boulevard Grotte Roland
Tracé rouge n°1 : de la Cayolle au col de la Selle
Tracé bleu n°1 : col de la Selle à col de Cortiou
Tracé vert n°3 : col de la Selle calanques de Marseilleveyre
Tracé vert n°4 : du plateau de l’Homme Mort à la Fontaine de Voire
Côté Sormiou Morgiou :
Tracé rouge (ex GR) qui descend sur Sormiou depuis col des Beaumettes
Tracé rouge 5 qui descend sur Morgiou depuis Baou Rond (avec emprunt des sentiers jaune 6 et bleu 1 depuis la route goudronnée au départ du "col" de Morgiou)
Tracé rouge 6 : du vrai Col de Morgiou aux Baumettes (terminus du bus 22)
Tracé jaune du Sommet du Mont de Luminy jusqu’au col de Morgiou
Côté Gardiole Sugiton :
GR depuis le col de la Candelle jusqu’aux abords du col de Sugiton (avec liaison sommitale depuis Mont Puget via le jaune 6)
Tracé bleu 2 vallon de l’Herbe + rouge 6 + Vert 7 pour rejoindre le Chalabran
Tracé bleu 2 depuis Cap Gros jusqu’au col de l’Oule
Tracé bleu 3 depuis Cap Gros jusqu’au puits de l’Oule
GR depuis le plateau de Cadeiron jusqu’à Cassis
Sur la 40aine de sentiers balisés répartis dans les Calanques, le VTT emprunterait env 12 sentiers, soit env. 30%.
Tous ces sentiers sont réalisés par des vététistes expérimentés. Il est inconcevable d’y aller en tant que débutant. Par exemple, dans ses guides, VTOPO a mis au point une échelle de cotation technique de difficulté qui va de V1 à V6 (du très facile au très difficile). Le plus facile de ces sentiers serait côté V4-, avec une prédominance de V5 et quelques V6.
Mountain Bikers Foundation complètera ce travail par l’édition d’une carte de zonage avec des propositions de limitation de la pratique circonstanciées. Nous ne manquerons pas de vous la communiquer.
Pour la pratique hors piste, nous avons plusieurs cas de figures :
le vététiste sportif, habitué aux sentiers, qui peut être tenté de reproduire des images de magazines. Par de la prévention, éducation puis répression, ce type de comportement pourra être rapidement canalisé.
le pur "hors pisteur" : qui cherche les spots avec pierriers, barres rocheuses... Un respect formel de la loi avec prévention et répression devrait faire disparaître cette pratique dans les Calanques mais ne fera que l’éloigner ailleurs… Il paraît donc indispensable d’envisager une offre alternative avec la participation active de ces pratiquants.
l’urbain : qqui cherche des spots très concentrés, où il peut trouver des sauts, des zones spécifiques avec peu de déplacement. Pour ce dernier pratiquant, la zone du Vallon de la Jarre est depuis plusieurs années, le lieu de rassemblement de cette mouvance, avec des sauts terrassés, du débroussaillement, des aménagements en bois, quelques pistes de descente avec virages relevés. Ce sont souvent des jeunes, des adolescents venant de l’ensemble du bassin urbain, équipés de vélos allant du très haut de gamme au très bas de gamme.
Dégradation
A ce jour, il n’y a pas d’étude sérieuse qui quantifie la dégradation du VTT. Bien entendu, cette dégradation est évidente en milieu hors piste, mais plus discutable sur sentiers et pour plusieurs raisons :
le vététiste érode lorsqu’il freine. Or, l’intensité du freinage est liée à la vitesse. Dans les Calanques, la prise de vitesse est quasi impossible sur l’ensemble du réseau fréquenté. C’est à l’allure du piéton (5 à 6 km/h) que sont négociés de nombreux passages. Dans les parties les plus rapides, on peut atteindre des vitesses maximales de 30 à 40 km/h.
dans les passages techniques (dalles, rochers), la technique de base du VTT est de ne pas freiner sur l’obstacle (ou très peu), sous peine de déstabiliser son équilibre précaire. Il y a donc survol de l’obstacle.
- Il peut y avoir creusement sur certains virages en appui, mais lié à la fréquentation et la répétition. Par exemple, dans les stations de ski qui aménagent des pistes de VTT l’été, on note une dégradation de certains passages, mais la fréquentation journalière est de l’ordre 500 à 1000 passages/jour, soit 30 000 à 60 000 passages/an (en considérant 2 mois d’été de fréquentation ! On est bien loin de cette réalité dans les Calanques !)
Comme pour la pratique de la randonnée pédestre qui est la principale cause de dégradation de sentiers, le VTT emprunte une voie dite artificielle, créée par l’homme qui devra régulièrement être entretenue, si l’on veut qu’elle reste confortable pour tous. C’est le rôle des gestionnaires, des associations ou des particuliers par des initiatives spontanées...
On peut donc conclure que le VTT ne dégrade pas le milieu naturel, dans la mesure où il se pratique sur des voies (pistes, chemins, sentiers...) ce qui est la pratique de 99% des vététistes.
Constat
Que l’on soit dans les Calanques ou ailleurs dans n’importe quel massif de France, le VTT a pris sa place dans la nature. Les pratiquants sont pour la plupart des personnes responsables, qui pratiquent par amour de la nature et qui aiment s’y retrouver. Aux portes de la deuxième ville de France et notamment à proximité des quartiers aisés de Marseille (le pratiquant de VTT, au prix du matériel, se doit de gagner un minimum sa vie), il est évident que le VTT est une activité incontournable. Vu le relief, il ne peut se pratiquer de partout.
Propositions / Pistes de réflexions
Vouloir interdire à tout prix le VTT est sans doute maladroit. Une interdiction, pour être respectée, doit être comprise et fondée. Il faut donc reprendre le problème dans son ensemble. Les Calanques offrent une possibilité que l’on retrouve rarement ailleurs (en comparaison à Ste Baume, Alpilles, Luberon, Ventoux...) : la faible accessibilité de ses sentiers et le haut degré de maîtrise nécessaire pour venir rouler sur les quelques 30% des sentiers fréquentés par les VTT. Cantonner l’activité VTT sur les pistes larges est sans aucun doute une erreur fondamentale car elle exclut automatiquement 60 à 70% des pratiquants (voir histoire du VTT et évolution). Elle met en plus en danger ces pratiquants inexpérimentés et les usagers car les vitesses prises peuvent être très importantes (risque de défaut de maitrise, projections de pierres, etc…). En ne répondant pas à l’activité d’aujourd’hui, une telle limitation susciterait une levée de boucliers et surtout la nécessité d’appliquer une politique de répression dure sur des récidivistes qu’il faudrait sans cesse verbaliser.
Les Éditions VTOPO, et « Des Calanques et des Hommes » et Mountain Bikers Foundation proposeraient donc les éléments de discussion suivants :
- Interdiction formelle (ce qui est déjà le cas) de la pratique Hors Piste avec campagne de prévention, d’éducation, puis de verbalisation
- En mesure compensatoire, aménagement d’une zone dite Freeride dans le vallon de la Jarre pour éviter toute construction et destruction ailleurs : modules, blocs rocheux, zones débroussaillées, modules en bois. Il s’agit d’une zone facilitant par sa taille et sa proximité avec la ville, la prévention et la sensibilisation (public jeune de surcroît)
- Autorisation du VTT sur les sentiers évoqués ci-dessus et suivant la cartographie établie par Mountain Bikers Foundation.
- Aménagement de certaines zones pour éviter l’érosion : aménagement de certains virages pour créer un appui, balisage par des blocs rocheux ou troncs d’arbres dans les épingles pour éviter les coupes sauvages pédestres et cyclistes
- Aménagement d’une zone dite Freeride dans le vallon de la Jarre pour éviter toute construction et destruction ailleurs : modules, blocs de rocheux, zones débroussaillées, modules en bois. Ce serait aussi une zone où il serait facile, de par sa taille et sa proximité avec la ville, de faire de la prévention et de la sensibilisation (public jeune de surcroît)
- Edition d’un code de bonne conduite du VTT dans les Calanques avec
- Interdiction du VTT Hors Piste
- Aménagement et débroussaillage interdits
- Clarification et affirmation du message "Priorité aux piétons avec facilitation du croisement et allure au pas"
- Contrôle de sa vitesse dans les passages sans visibilité
- Passage à distance des animaux sauvages et domestiques
- Ne rien jeter par terre (...)
- Apprendre à rouler en autonomie (préparer son itinéraire, savoir réparer, prévoir son ravitaillement)
- Développer un comportement citoyen avec les autres usagers à base d’amabilité et discrétion
- Porter un casque en toutes circonstances et même éventuellement genouillères et coudières
- Education du public en impliquant de façon effective quelques associations et professionnels signataires, pour la promotion des règles élémentaires de bonne conduite et de partage de l’espace ou site de pratique
À cette charte, il serait intéressant d’y adosser une carte des Calanques avec les sentiers fréquentables, ainsi qu’une échelle de difficulté technique (voir ce qui se fait en kayak sur rivière avec tronçons côtés)..
Conclusion
Nous déplorons très souvent, et tous, la règle qui voudrait que la grande majorité paie pour une minorité. De par une prise de conscience sérieuse et circonstanciée de la pratique par les pouvoirs publics, il est envisageable de concilier le VTT dans les Calanques. Grâce à une approche pédagogique et motivée, la prise de conscience et l’acceptation par le pratiquant sera entière. Le VTT ne doit pas faire peur, car il fait partie de l’évolution de l’homme dans son approche avec la nature. C’est un moyen de se déplacer très courant de nos jours et en pleine expansion (observer le mouvement qui consiste à offrir un service cycliste dans une grande majorité de villes en France et depuis plus longtemps dans d’autres pays). Comment faire sans ? Par un projet cohérent et en adéquation avec les pratiques modernes de cette activité, nous pourrons faire de notre massif un superbe exemple de cohabitation et de concertation.





